L'humanitaire ? Une question immense que toutes les réponses ne parviennent pas à cerner; une action aussi complexe que peut l'être l'humanité; un théâtre où se côtoient les intérêts humains, des plus égoïstes aux plus altruistes: intérêt pour les autres et leur devenir, mais aussi intérêts politiques ou financiers.

    Or, on continue à mourir dans le Tiers-monde, de faim ou de maladie.

    Nous avons certes exporté des techniques de survie spectaculaires. La vie à tout prix, et même à n'importe quel prix, n'est-ce pas le modèle de la société occidentale? Laquelle, souvent, ne se donne pas les moyens d'assurer une qualité de vie décente à ceux dont elle prolonge la durée d'existence.

    Au fond, qu'attendent les destinataires, les "heureux bénéficiaires" de l'aide humanitaire ? Sans doute est-il bon de citer l'un d'entre eux, un vieux sage africain: «Si tu veux tuer le plus orgueilleux des hommes, chaque jour donne-lui ce dont il a besoin pour manger. Patience, et tu en feras un serf, un assisté !... Ce qui est honteux pour un peuple, c'est d'attendre qu'un autre peuple le nourrisse et l'habille, qu'il oublie le langage de ses ancêtres, de l'homme libre, et qu'il ne sache dire que "ce n'est pas notre faute". »

    Peut-être est-il temps de cesser de faire de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants, des assistés et des mendiants. Peut-être le moment est-il venu d'un réel partage entre les pays riches et les pays en voie de développement; afin de préserver la liberté de tous et d'enrichir chacun des expériences de l'autre.

    Un proverbe chinois, souvent cité mais hélas trop souvent oublié, nous rappelle que «mieux vaut apprendre à pêcher à celui qui a faim que lui offrir un poisson». Toute aide humanitaire ne devrait-elle pas s'en inspirer, en apportant un enseignement et des pratiques simples, peu onéreuses et adaptées aux besoins, contribuant ainsi au développement de l'autonomie des populations défavorisées ?

    Depuis plusieurs années, des missions d'enseignement de l'acupuncture chinoise ont été organisées par les différents Centres "Acupuncture Sans Frontières":

    • en Inde dans un camp de réfugiés tibétains
    • à Madagascar ;
    • en Haïti, en collaboration avec l'association "Aide Haïti" (Aide Haïti, Rue Beau-Séjour 18, 1003 Lausanne, Suisse)
    • au Burkina Faso, en collaboration avec l'AGMA (Association Genevoise des Médecins Acupuncteurs)
    • au Mali
    • en Mauritanie
    • au Sénégal

    Ainsi, des acupuncteurs confirmés et bénévoles ont dispensé des soins mais surtout, et c’est là l’essentiel, transmis leur savoir-faire, en formant des assistants sanitaires beaucoup plus autonomes, puisque l'acupuncture permet des économies importantes de médicaments et d'actes médicaux, par son action non seulement curative mais aussi préventive. De plus, cet enseignement contribue au respect de la dignité humaine, en évitant une trop grande dépendance vis-à-vis des pays plus riches.

    A cet égard, la présidente de l'association "Aide Haïti", écrivait à la suite de la première mission en Haïti, en février 1996, session à laquelle participaient 11 religieuses infirmières haïtiennes:

      « Très vite, les Petites Soeurs de Ste Thérèse et moi-même avons compris combien nous étions privilégiées d’apprendre les rudiments de cette «autre médecine» qui allait nous permettre de soulager et même de guérir bien des maladies sans cette angoisse des notes de pharmacie qui, en Haïti, hante les malades et bien des soignants. Vos élèves se sont lancées tout de suite avec courage. Les moyens pour présenter cette nouvelle approche médicale à la population ont été différents selon leur personnalité, mais toujours convaincants...

      « Les paysans Haïtiens ont accepté avec simplicité et confiance les soins en acupuncture, confiance totale après des résultats positifs. Ils semblaient même mieux comprendre les mécanismes d’action des « petites aiguilles » que ceux des médicaments importés. La plupart des soeurs soignantes sont submergées de demandes et certaines déplorent le manque de temps qui les empêche de répondre immédiatement et positivement à tous les malades désireux d’être soignés par l’acupuncture...

      « Les frais en produits pharmaceutiques ont chuté de façon significative dans les dispensaires concernés. Cette chute concerne surtout les médicaments traitant l’hypertension, l’acidité gastrique et les rhumatismes : trois pathologies majeures en Haïti...

      « Toutes vos élèves vous attendent avec impatience pour la deuxième session... Elles vont s’organiser pour être toutes présentes et vont se décider, selon les événements en Haïti, pour que tout se passe pour le mieux. »

    Les missions réalisées depuis, en Haïti, au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, ont été tout aussi enthousiasmantes et ont totalement confirmé les espoirs mis dans ces réalisations.

    L'une des participantes concluait son évaluation de l'enseignement de l'acupuncture qu'elle avait reçu et de sa pratique, par une phrase lapidaire: «C'est une aide pour les plus pauvres et les plus petits, car les malades guérissent sans médicaments.»

    L'action d'Acupuncture sans Frontières concerne au premier chef la santé. Cependant, bien d'autres interventions ont toute leur importance, à commencer par celles touchant à l'agriculture et à l'irrigation des plantations. C'est sans nul doute dans ces enseignements pratiques pouvant immédiatement être mis en oeuvre, que l'action humanitaire réalise son véritable objectif: assurer l'autonomie des populations défavorisées, leur apporter une vie décente et permettre ainsi aux hommes et aux femmes de tous les pays du monde de demeurer des êtres libres et responsables ou, si tel n'est pas le cas, de recouvrer leur identité et leur liberté.

    Aide Haïti: Rue Beau-Séjour 18 - 1003 Lausanne - Suisse